01/07/2013
« Une médecine à visage humain » : première rencontre de formation pour les anciens élèves des jésuites, professionnels de la sphère médicale

visage-humain

Pour une jeune femme comme moi, aujourd’hui confrontée au monde du travail et activement plongée dans les réalités complexes et multiformes des soins hospitaliers depuis relativement peu de temps, une rencontre avec des professionnels du même domaine, qui ont reçu la même formation et qui ont plusieurs années d’expérience derrière eux, ne pouvait qu’être un rendez-vous à ne pas manquer.

Du 29 juin au 1er juillet, se tenait à Paris la première réunion de formation des anciens élèves des jésuites actifs dans des domaines professionnels spécifiques. Dans le cas d’espèce, il s’agissait du domaine médical. Trente anciens de toute l’Europe, essentiellement des médecins, y prirent part. Le thème de la conférence était « Medical Practice with a Human Face ». L’idée de cette rencontre avait germé au sein de la Confédération européenne des anciens élèves des jésuites, à l’invitation du Père général Adolfo Nicolas SJ, lors de la dernière réunion mondiale des anciens élèves, à ‘être des hommes et des femmes de profondeur, avec et pour les autres’. Pour la plupart des anciens élèves, la vie quotidienne s’articule principalement autour de la vie familiale et professionnelle et c’est donc dans ces deux contextes que l’invitation doit se concrétiser. À Paris, la réunion était structurée en manière telle que cinq professeurs présentaient chacun un sujet et que leur présentation était suivie d’un débat ouvert à l’ensemble du groupe. Le petit nombre de participants rendait possible l’intention qui était de permettre une confrontation active pendant les moments de formation et de créer la possibilité d’apprendre à nous connaître tous et d’interagir personnellement pendant les moments de convivialité.

Le premier professeur à intervenir fut le Père Andrea Vicini SJ, pédiatre et professeur de théologie morale au Boston College. Le Père Vicini parla essentiellement des vertus de la médecine, de l’importance des listes de contrôle pour réduire les erreurs médicales et de la promotion de la justice au niveau global, provoquant un débat animé.

Jean-Louis Misset, oncologue, prit ensuite la parole pour soulever l’intéressante question de la capacité de traiter les patients, même quand l »evidence-based medicine’, considérée pour l’heure comme le meilleur modèle de soins, prédit le contraire. Le rapporteur estimait qu’une telle approche largement partagée peut entraver le progrès scientifique et refuser au patient le droit d’espérer faire partie de ce petit pourcentage de cas pour lesquels le médicament est vraiment efficace. Tout cela, cependant, soulève la question controversée des mesures susceptibles de prolonger leur vie et les coûts considérables qui y sont associés.

Le Professeur Carlo Fronticelli, chirurgien, traita des questions économiques en s’attaquant au thème épineux et très actuel de l’allocation des ressources dans le secteur de la santé, suscitant l’intérêt de tous. En particulier, il souligna l’importance d’optimiser les coûts selon les critères d’équité, d’efficience, d’efficacité (et, partant, les rapports coût-efficacité, coût-bénéfice et coût-utilité) et de pertinence.

Le Père Patrick Langue SJ, directeur du Centre Laënnec, nous décrivit ensuite les objectifs et les activités du prestigieux centre dont nous étions les hôtes, dédié exclusivement aux étudiants en médecine. Les étudiants, admis en petit nombre par rapport aux demandes qui lui parviennent, sont guidés tout au long de leur parcours scientifique, ainsi que dans leur formation humaine et spirituelle. Le Père Langue nous expliqua pourquoi il estimait crucial de flanquer l’étude des matières scientifiques, qui, pendant le cours de la maîtrise en médecine, risque sinon de devenir ‘totalisante’, d’autres activités humanistes, tels que le théâtre, la peinture et le bénévolat et d’entretiens personnels avec lui lorsque l’étudiant entre en contact avec la réalité de l’hôpital. Personnellement, je fus impressionnée par l’attention à la recherche d’une préparation scientifique la meilleure possible, évidemment fondamentale, combinée à l’attention à la formation humaine et au développement des jeunes, chose qui, dans nos universités, est trop souvent laissée de côté. Il serait souhaitable, oserais-je dire avec enthousiasme, de proposer une telle approche tellement complète dans d’autres réalités universitaires.

Le Professeur Stephan Claes, psychiatre, parla quant à lui des nouvelles frontières dans le domaine fascinant du libre arbitre, à la lumière des récentes théories neurobiologiques selon lesquelles chaque choix est effectivement dicté par des patterns particuliers de neurotransmission. Je pense ne pas avoir été la seule à apprécier particulièrement ce rapport passionnant sur des thèmes fréquemment traités de manière superficielle par les revues de vulgarisation scientifique.

Les interventions ont abordé diverses questions de grand intérêt, suscitant la participation active de tous. Le programme comprenait un moment de silence dans la chapelle du Centre Laënnec, avec la messe célébrée par le Père Langue. Les moments de convivialité furent vraiment aimables. Chaque détail de l’organisation était soigné et, particulièrement important, surtout pour nous Italiens, nos pâtes étaient toujours excellentes… Un merci tout spécial à Eric de Langsdorff, ancien élève du collège Saint-Louis de Gonzague à Paris, qui fut la cheville ouvrière de cette rencontre et nous a invités à dîner dans sa magnifique maison de famille.

Dès notre première rencontre, le vendredi soir, s’est créé une atmosphère très plaisante de collaboration et le désir d’apprendre à se connaître les uns les autres. Nous nous sommes sentis presque en famille, en toute confiance, dans un ressenti commun, mais ceci ne nous a pas empêchés de prendre des positions différentes au cours des discussions et d’être en désaccord sur base d’opinions divergentes, toujours avec un grand respect. Il était aussi très agréable de voir comment la différence d’âge n’était pas un facteur limitant nos rapports mais, au contraire, une possibilité de comparaison, d’échange et d’enrichissement, en particulier pour nous, jeunes membres du groupe.

Je fus positivement émerveillée de cette réalité de se sentir unis avec des gens jamais vus auparavant, depuis les premières minutes où nous nous sommes présentés. Cela arrive rarement dans la vie quotidienne et plus particulièrement dans le monde professionnel, souvent pollués par l’envie et la concurrence excessive. Je crois donc que le fait de se concentrer sur un domaine professionnel spécifique fut un grand atout pour ce projet, rendant possible une confrontation vraie et honnête avec des professionnels de notre propre domaine, affrontés à des défis similaires sur une base quotidienne et confrontés souvent aux mêmes difficultés. Je pense que ce fut vraiment une bonne idée de donner une chance de comprendre comment mettre en pratique, chaque jour, chacun dans notre propre contexte, une invitation à ‘être des hommes et des femmes de profondeur, avec et pour les autres’.

Nous sommes tous habitués – et contraints de faire de notre vie quotidienne une course contre la montre : prendre trois jours pour éveiller notre esprit critique, notre capacité à réfléchir plus en profondeur sur des sujets qui font partie de notre vie quotidienne, avec d’autres professionnels, dans une atmosphère d’ouverture et d’amitié fut un cadeau.

Grand merci à Chris Thürlimann, secrétaire de la Confédération européenne des anciens et anciennes élèves des jésuites et à Frank Judo, son président, qui ont tant contribué à faire de cette initiative un succès total. L’expérience fut en effet une parfaite réussite : rendez-vous l’année prochaine !

A propos de l'auteur