15/04/2020
L’Union mondiale rend hommage au père Henri Madelin, sj

Henri Madelin sj - photo carrée

Ayant appris la nouvelle du décès des suites du coronavirus du P. Henri Madelin, sj, ce mercredi 8 avril 2020, alors qu’il était âgé de 83 ans, WUJA présente ses plus sincères condoléances au Centre Sèvres, dont il fut le président de 1985 à 1991 ; à la revue Etudes, dont il fut le rédacteur en chef de 1995 à 2004 ; ainsi qu’à la Compagnie de Jésus dans laquelle il entra en 1967 et particulièrement à la province d’Europe Occidentale francophone. Il en était, avant la fusion, supérieur provincial (province de France) de 1979 à 1985. C’est déjà le 10e jésuite emporté depuis le début de l’épidémie du Covid-19.

Il y a une semaine, nous vous faisions part du décès tragique du prêtre jésuite libanais Alexandre Bassili des suites du coronavirus. Aujourd’hui, c’est le cœur lourd que nous vous partageons la nouvelle de la mort du père Henri Madelin, sj, décédé de la même maladie le 8 avril dernier, au terme de deux semaines d’hospitalisation à Lille. Il allait avoir 84 ans à la fin du mois.

Henri Madelin naquit en 1936 à Guebwiller en Alsace, au pied du Grand Ballon des Vosges, dans une famille de 9 enfants dont le père est ingénieur des eaux et forêts. Alors qu’il est âgé de 3 ans, sa famille décide de quitter le Haut-Rhin pour s’installer au bord de la Loire, dans l’ancienne capitale française de Blois. Alors que la guerre éclate, la famille de Madelin, qui se trouvait à proximité directe de l’unique pont franchissant la Loire, fut, comme d’autres, prise de panique et décida de convoyer vers le sud. Ils passent quelques semaines dans le petit village de Dun-le-Palestel, dans la Creuse, avant de revenir à Blois. Là, ils y trouvent leur maison occupée. Dans une interview qu’il accordera pour la sortie de son dernier livre « Heurs et malheurs de l’autorité », il confie avoir été un « garçon apparemment obéissant, plus souriant que rieur, écoutant plutôt que questionnant » ; sans doute déjà pouvait-on y voir quelque réflexe jésuite avant l’heure.

Henri Madelin Radio Notre Dame
Le père Henri Madelin, sj, présentant son dernier livre intitulé « Heurs et malheurs de l’autorité » en 2018

Pendant la Seconde guerre mondiale, Henri Madelin fut scolarisé à Blois et y fit les scouts ; c’est avec eux qu’il retourna en Alsace, dix ans après l’avoir quitté. Le village avait changé, lui aussi : « L’Alsace est une terre d’œcuménisme. (…) J’ai croisé moi-même beaucoup d’Alsaciens pleins de ferveur quand j’ai reçu des responsabilités dans l’Europe en construction à Bruxelles et Strasbourg. »

En effet, avant de rentrer dans la Compagnie, Henri Madelin étudie d’abord à l’IEP Paris d’où il est diplômé en 1956 d’une licence en droit et d’un DES économie politique. C’est cette expertise politique qui le mènera plus tard à Bruxelles et Strasbourg, en portant le col romain. Car, alors qu’il prépare le concours pour entrer à l’ENA, il frappe finalement à la porte du noviciat de la Compagnie de Jésus. Pendant ses années d’études avant de pouvoir être digne de porter le célèbre titre de « sj », il part étudier la philosophie au scolasticat de Vals-près-le-Puy, banlieue du Puy-en-Velay, préfecture du département de Haute-Loire ; puis s’en va deux ans au collège jésuite Libermann de Douala, capitale économique du Cameroun. Il revient ensuite en France achever son cycle d’études au théologat de Fourvière (Lyon), où il est ordonné prêtre en 1967. Le théologat de Fourvière et le philosophat de Chantilly ont depuis fusionné (1974) pour devenir le Centre Sèvres, situé à Paris, dont Henri Madelin prendra la direction de 1985 à 1991.

Avant d’être rue de Sèvres, il prend la direction de l’Action Sociale dès 1973, devenu depuis le CERAS (Centre de Recherches et d’Actions Sociales). Il acheva également deux doctorats, à la Sorbonne en 1971 puis à l’IEP Paris en 1979. Cela l’amena également à devenir l’aumônier national du MCC (Mouvement Chrétien des Cadres et Dirigeants). La Province, dont il prendra les rênes de 1979 à 1985, dit de lui que « son engagement témoigne de ce que la foi chrétienne est indissociable d’un engagement social et politique pour la justice ; cet engagement ne peut se vivre sans une profondeur intellectuelle. » C’est lui qui lancera le « Réseau Jeunesse » dans le but de relancer l’apostolat auprès des jeunes.

En 1983, il prend part à la 33e Congrégation Générale, à Rome, qui élit Peter-Hans Kolvenbach, sj, 29e Supérieur Général de la Compagnie de Jésus (1983 – 2008). Cette Congrégation Générale, convoquée par le Supérieur d’alors, le père Pedro Arrupe, se fit sur fond de tension avec le Vatican, ce qui a poussé Pedro Arrupe à démissionner. A cette occasion, le père Henri Madelin rappelle aux jésuites de la Province de France – dont il est le président titulaire à ce moment – l’importance du « sentire cum Ecclesia » ignacien et de l’obéissance au pape.

Maître de conférence à l’IEP Paris, il est également enseignant à l’IES (Institut d’Études Sociales) de l’Institut Catholique de Paris, puis prend enfin la direction du Centre Sèvres, où, selon KTO, « il s’attache à poursuivre le développement de ce lieu, au service d’une formation humaine, intellectuelle et spirituelle, à la fois enracinée et ouverte, de religieux, religieuses et laïcs, dans les enjeux d’un monde en pleine mutation. »

Henri Madelin et Mgr Ulrich
Le père Henri Madelin avait contribué au livre de Monseigneur Ulrich intitulé « L’espérance ne déçoit pas » (2014)

Ces derniers temps, il occupa divers postes, parmi lesquels celui de rédacteur en chef de la revue jésuite Etudes dont il prit la fonction en 1995. Passionné de sciences politiques et maître sur le sujet, il fut nommé membre de l’équipe de l’OCIPE (Office Catholique d’Information et d’Initiative pour l’Europe), situé à Strasbourg, et se trouve également observateur de l’Union Européenne à Bruxelles. Là, il milite pour la présence du débat éthique dans la construction institutionnelle européenne. Depuis l’été dernier, il vivait à Lille, au sein de la Communauté Notre-Dame, à la Maison Saint-Jean, lieu de retraites pour prêtres jésuites âgés. Monseigneur Ulrich, archevêque de la capitale des Flandres, témoigne dans LilleActu: « Une autre joie a été de célébrer avec lui, à Saint-Ignace à Paris, le jubilé de ses 50 ans d’ordination presbytérale il y a trois ans. Observateur attentif de l’évolution sociale, culturelle et politique de notre monde, il savait que la parole chrétienne était critique de beaucoup de choix sociétaux, mais aussi que l’expérience chrétienne multiséculaire fournissait de profondes raisons d’espérer des renouveaux marqués par la justice et la fraternité ». Quant au père François Boëdec, supérieur de la Province Jésuite d’Europe Occidentale Francophone, il décrit Henri Madelin comme quelqu’un de « touchant ses compagnons par sa capacité d’adaptation et sa modestie. Doté d’une grande bienveillance, homme de foi et de relations, toujours à l’écoute des évolutions de la société, Henri a mis ses qualités humaines et intellectuelles, au service du Christ, de l’Église et de la société »